Le carton était rangé au fond du placard depuis octobre, boules de naphtaline glissées entre les mailles pour dissuader les mites. Résultat, six mois plus tard : des auréoles jaunâtres sur les pulls écrus, une odeur tenace impossible à faire partir, et la découverte tardive que ce vieux réflexe de grand-mère est interdit à la vente en France depuis 2008. Franchement, c’est le genre de mésaventure qui aurait pu être évitée avec un peu plus d’information.
À retenir
- Pourquoi ce réflexe de grand-mère est-il interdit depuis 2008 ?
- Comment la naphtaline endommage précisément ce qu’elle prétend protéger
- Quelles solutions naturelles fonctionnent réellement contre les mites textiles
Pourquoi la naphtaline abîme précisément ce qu’elle est censée protéger
Le naphtalène, nom chimique de la naphtaline, agit par sublimation : la boule blanche se transforme lentement en gaz toxique pour les insectes, sans jamais passer par l’état liquide. Ce gaz imprègne les fibres textiles en profondeur, et c’est justement là que le bât blesse. Les boules de naphtaline sont aussi nuisibles aux vêtements qu’aux humains. Sur les fibres claires, coton blanc ou laine écrue en tête, la réaction chimique laisse des marques jaunâtres particulièrement difficiles à faire disparaître, surtout après plusieurs mois de contact direct.
L’odeur, elle, ne se contente pas de flotter autour du carton. Elle s’accroche aux fibres avec une ténacité presque comique. Un passage au sèche-linge en position air froid pendant une petite demi-heure peut aider à l’atténuer, tout comme un bain de vinaigre blanc dilué ou une bonne dose de bicarbonate de soude laissée à agir toute une nuit. Mais sur des taches déjà installées depuis des mois, ces astuces de rattrapage arrivent souvent trop tard. Le mal est fait, littéralement incrusté dans la structure de la fibre.
Un produit interdit depuis 2008, et ce n’est pas un détail
Voilà l’information qui change tout : ce geste transmis de génération en génération n’est plus légal depuis longtemps. Le naphtalène a été précédemment utilisé comme répulsif pour les mites (boules antimites de naphtaline) mais cet usage est interdit depuis 2008. Le Haut Conseil de la santé publique a confirmé cette interdiction à la commercialisation, en pointant un risque bien plus grave que quelques taches disgracieuses sur un pull. Ces produits (naphtaline), interdits à la commercialisation depuis 2009, présentent un risque d’accident, parfois mortel, chez les enfants, par ingestion ou inhalation.
Le HCSP est allé plus loin, en recommandant une véritable campagne de sensibilisation. Le HCSP recommande la mise en œuvre d’une campagne publique d’information pour encourager l’abandon de l’utilisation des antimites à base de naphtalène et leur élimination dans des conditions appropriées. les stocks anciens qui traînent encore dans certaines maisons, hérités d’une grand-tante ou trouvés dans une brocante, méritent d’être éliminés proprement plutôt que réutilisés.
Côté toxicologie, l’Anses a produit ses propres références en 2013 pour encadrer l’exposition par inhalation. L’Anses a proposé en 2013 deux VTRs par inhalation construites à partir d’études animales, la VTR chronique pour les effets à seuil étant de 37 µg/m3, les lésions de l’épithélium respiratoire et olfactif chez le rat ayant été considérées comme effet critique ; une exposition à long terme à des concentrations inférieures est donc considérée comme sans danger pour l’Homme. Le naphtalène est par ailleurs classé comme cancérogène possible sur la base d’études animales, même si le développement de cancer suite à une exposition au naphtalène n’a pas été mis en évidence scientifiquement chez l’être humain. La substance sert aussi ailleurs, dans la fabrication de colorants ou de produits pharmaceutiques, ce qui explique pourquoi elle reste présente dans certains circuits industriels malgré son interdiction pour l’usage domestique.
Ce qui fonctionne vraiment contre les mites textiles
Le paradoxe, c’est que la naphtaline n’a même jamais été la solution la plus efficace. Les mites textiles, celles qui grignotent la laine et le cachemire, sont surtout attirées par la kératine et les résidus organiques (sueur, peau morte) laissés sur un vêtement mal nettoyé avant rangement. Un lavage soigneux avant stockage compte souvent plus que n’importe quel répulsif.
Trois alternatives ont fait leurs preuves sans les inconvénients de la naphtaline :
- Les blocs de cèdre, dont l’huile essentielle naturelle repousse les larves sans tacher les fibres ;
- Les sachets de lavande séchée, à glisser entre les pulls, à renouveler tous les deux à trois mois ;
- Le froid : un passage au congélateur de 48 heures tue efficacement œufs et larves avant rangement.
Ces méthodes demandent un peu plus d’entretien qu’une boule blanche oubliée dans un coin. Mais elles évitent l’auréole jaune sur le pull préféré, et surtout ce risque d’ingestion accidentelle par un enfant ou un animal qui confondrait la boule avec un bonbon.
Un détail mérite d’être signalé : dans certains foyers, de vieux stocks de naphtaline circulent encore, parfois utilisés sans savoir qu’ils sont proscrits depuis près de vingt ans. Si un carton oublié en contient, mieux vaut ne pas le jeter à la poubelle classique, mais le déposer en déchetterie comme produit chimique, exactement comme on le ferait pour un reste de peinture ou de solvant.
Sources : toutpratique.com | 10-trucs.com