Un pull mité, un jean troué au genou, des chaussettes dépareillées : le réflexe le plus commun, c’est la poubelle. Mauvais calcul. Dans une borne Le Relais, ce même pull devient une pelote de laine neuve ou un isolant thermique pour une voiture. Le trou n’est pas une fin de vie, c’est un changement de statut.
À retenir
- Les vêtements troués ne sont pas des déchets : ils sont effilochés pour donner naissance à de nouvelles fibres
- Le Relais ferme 4 295 bornes en 2026 face à une crise structurelle majeure du secteur
- La fast-fashion a bouleversé l’équilibre économique de la collecte en multipliant les volumes et en dégradant la qualité
Ce qui se cache derrière le trou
Le circuit démarre toujours pareil : le sac atterrit dans l’un des centres de tri du Relais, où des mains expertes (souvent des salariés en insertion professionnelle) séparent le bon grain de l’ivraie. Les pièces encore portables partent en boutiques solidaires ou à l’export. Le reste, jugé invendable, ne finit pas à la benne pour autant.
Toute la journée, au centre de tri, on met en charpie une bonne partie de la collecte, du collant troué au pull mité, pour en récupérer la matière première. Le coton des jeans, par exemple, sert d’isolant acoustique dans les voitures et les habitations. Sur d’autres pièces, on récupère le fil : un pull en laine, une fois défibré et détissé, formera une nouvelle pelote. Concrètement, la fibre est arrachée du tissu, cardée, puis retordue en fil réutilisable. Un procédé mécanique, pas chimique, qui existe depuis des décennies mais reste rarissime en Europe.
« Ça donne une deuxième chance au vêtement en fin de vie. Sans l’effilochage, ça serait juste un déchet », résumait il y a quelques années Philippe La Forge, alors directeur du Relais en Loire-Atlantique. L’argument écologique tient aussi à l’eau économisée : fabriquer un jean avec du fil récupéré permet d’économiser l’eau nécessaire à la production du coton et du pantalon, soit 10 000 litres en moyenne pour un seul jean. Un chiffre qui donne le vertige, franchement, quand on pense au nombre de pantalons qui dorment encore au fond des placards.
Le hic, c’est que cette activité ne rapporte presque rien. On ne peut pas tisser uniquement dans du fil recyclé, il faudra toujours y ajouter de la fibre neuve pour la solidité, ce qui rend un vêtement en fibre recyclée plus coûteux qu’un vêtement en coton bas de gamme. À un centime d’euro le kilo d’effiloche, cette activité n’est pas rentable pour le Relais, mais c’est, pour l’instant, la seule solution pour éviter l’enfouissement de ces vêtements. Une nuance de taille : le pull troué n’est pas une mine d’or, c’est une bouée de sauvetage écologique que l’association maintient à perte.
Une filière sous perfusion, malmenée par la fast fashion
Voilà l’envers du décor, moins réjouissant. Le Relais traverse depuis 2024 une crise structurelle qui a franchi un cap en juin 2026. Le Relais a annoncé le 9 juin 2026 la suppression de 4 295 bornes de collecte sur les 22 000 qu’il détient partout en France, de façon définitive. « Nous ne pouvons plus collecter au-delà de nos capacités, explique Emmanuel Pilloy, président de Relais France. L’an dernier, nous avons collecté 120 000 tonnes de textiles alors que nous ne pouvons en trier que 90 000 tonnes et que nous n’avons plus de débouchés pour le surplus. » Une décision lourde de conséquences sociales : elle entraîne la suppression d’environ 60 emplois en insertion.
Le paradoxe est presque absurde : au moment où l’éco-organisme Refashion lance une campagne pour inciter à tout déposer en borne, l’un des plus gros opérateurs du secteur ferme des points de collecte. La collecte coûte jusqu’à 250 euros la tonne quand cette même tonne ne sera revendue qu’à hauteur de 150 euros. Le déficit se creuse mécaniquement à chaque sac déposé. Et derrière ce déséquilibre financier, un coupable est pointé du doigt sans détour : l’explosion de la fast-fashion a conduit à une augmentation massive des volumes mis sur le marché, accompagnée d’une baisse continue de la qualité moyenne des textiles collectés, ce qui réduit les possibilités de réemploi et augmente les coûts de tri. : un t-shirt à 5 euros use plus vite, se recycle moins bien, et coûte finalement plus cher à la collectivité qu’il n’en a l’air sur l’étiquette.
Le contexte international n’aide pas non plus. Les difficultés se sont aggravées depuis février 2026 avec la crise géopolitique qui réduit encore un peu plus les débouchés internationaux et alourdit les coûts logistiques et énergétiques, notamment vers les marchés africains qui absorbaient historiquement une bonne partie de la fripe française. Le Relais reste malgré tout un poids lourd du secteur : l’association assure 40 % de la collecte en France et emploie 2 053 personnes, dont 656 en insertion.
Bien déposer son pull troué : les gestes qui font vraiment la différence
Le trou n’est jamais un problème. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’état d’hygiène de la pièce. On peut déposer ses vêtements en borne à condition qu’ils ne soient ni mouillés, ni souillés. Ils peuvent en revanche être troués. La règle est simple à retenir : un pull peut avoir mille accrocs, tant qu’il est propre et sec, il file droit vers l’effilochage.
Quelques réflexes évitent de compromettre tout un lot de collecte : fermer le sac plutôt que de déposer les pièces en vrac, attacher les chaussures par paires, et vérifier l’absence d’objets durs dans les poches. Il vaut mieux privilégier des sacs de 30 litres maximum pour qu’ils entrent dans les conteneurs, bien les fermer pour ne pas qu’ils se salissent, et s’assurer que le don concerne des vêtements propres et secs : les vêtements souillés par de la peinture ou de la graisse, mouillés ou moisis ne sont pas recyclables. Un seul sac contaminé peut faire basculer un lot entier vers l’incinération plutôt que le recyclage. C’est bête, mais ça change tout en bout de chaîne.
Reste une question que personne ne pose jamais : que se passe-t-il si la borne la plus proche vient justement de fermer ? La réponse tient en un mot, la patience. Le Relais recommande de conserver ses textiles quelques semaines plutôt que de les abandonner au pied d’un conteneur saturé ou de les jeter avec les ordures ménagères, en attendant qu’un point de collecte plus éloigné, mais toujours actif, se libère. Un geste qui demande un peu d’organisation, mais qui évite à un pull, aussi troué soit-il, de finir sa vie dans une benne à ordures plutôt que dans une pelote de laine neuve.
Sources : usinenouvelle.com | ici.fr